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Accueil > A propos du LPP > Communication > Actualités archivées > 2011 > Fouad Sahraoui, chercheur au LPP, obtient le prix « Jeune Chercheur » 2011 de la SF2A

Fouad Sahraoui, chercheur au LPP, obtient le prix « Jeune Chercheur » 2011 de la SF2A


La Société Française d’Astronomie et d’Astrophysique (SF2A) vient de décerner son prix « Jeune Chercheur » 2011 : Fouad Sahraoui, chargé de recherche de 1re classe au CNRS et membre de l’équipe Plasmas spatiaux au LPP, est l’un des deux lauréats. Le prix « Jeune Chercheur » « récompense un jeune chercheur(se) âgé(e) de 36 ans au plus, reconnu(e) internationalement, dont les travaux scientifiques ont été remarqués pour leur qualité et leur originalité et dont l’implication au service de la communauté astronomique est reconnue de tous. »
Fouad Sahraoui remplit parfaitement ces critères. Dynamique, ambitieux dans ses recherches, ce jeune chercheur franco-algérien s’est spécialisé dans l’étude du vent solaire (un flot de particules ionisées émis par le Soleil à grande vitesse allant de 400 à 800 km/s) et son interaction avec les objets magnétisés du système solaire. Après avoir soutenu sa thèse sur « La turbulence dans les plasmas spatiaux » en 2003, il participe au projet Cluster (ce projet, lancé en 2000, a pour but d’étudier l’interaction du vent solaire avec la magnétosphère terrestre). Il poursuit sa collaboration à ce projet jusqu’à aujourd’hui, menant ses recherches aux USA, en Suède et en France. En 2010, il a été le seul Français parmi une poignée de scientifiques à obtenir le Outstanding Scientist Award, prix décerné par l’ESA (European Space Agency) pour saluer sa contribution exceptionnelle au projet Cluster.
Il a répondu à nos questions pour nous présenter son parcours et ses travaux.




Vu d’artiste d’interaction du vent solaire avec la magnétosphère terrestre






Lpp.fr : Peux-tu nous résumer ton parcours ?

F. Sahraoui : J’ai étudié à Béjaïa (ville côtière de Kabylie) puis à Alger où j’ai obtenu une maîtrise de Physique fondamentale (master 1) avant de venir en France pour poursuivre mes études, en 1998. Après un DEA (master 2) en Physique des plasmas, j’ai effectué ma thèse sur « La turbulence dans les plasmas spatiaux » au Centre d’Etude des Environnements Terrestre et Planétaires (CETP), à Vélizy. J’ai poursuivi avec un post-doc au Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) de 2003 à 2005 et j’ai intégré le CNRS en 2005 en tant que chargé de recherche. Après un séjour en Suède en 2005 pour une collaboration avec l’Institut suédois de recherche spatiale, j’ai séjourné aux Etats-Unis de 2007 à 2009 dans le cadre d’une collaboration avec la NASA, au Goddard Space Flight Center, dans le Maryland. De retour en France fin 2009, j’ai rejoint le LPP nouvellement créé, issu de la fusion du CETP et du Laboratoire de Physique et Technologie des Plasmas (LPTP), à Palaiseau.


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Vue d’artiste du satellite Cluster dans l’espace





Lpp.fr : Selon toi, qu’est-ce qui a conduit le jury à t’attribuer ce prix ?

F. Sahraoui : D’abord, je dois souligner que ce prix est aussi le fruit des collaborations fructueuses avec mon équipe au LPP en France, ainsi qu’avec l’étranger (Etats-Unis, Royaume-Uni, Suède, etc.). Je pense que plusieurs facteurs ont joué un rôle : mes travaux sur la turbulence et le chauffage du plasma du vent solaire et de la magnétosphère ont été publiés dans des revues prestigieuses (telles que les Physical Review Letters), ils sont largement cités et ont donné lieu à une dizaine de communiqués de presse. J’ai aussi donné plusieurs conférences invitées ces dernières années (quatre ou cinq par an). Tout cela a sûrement été pris en compte dans l’attribution du prix. Ce prix est aussi une reconnaissance de l’intérêt des thématiques de recherche menées dans le cadre du PNST (Programme National Soleil-Terre) pour les milieux astrophysiques lointains. Les problèmes de turbulence et du chauffage font partie des hot topics en astrophysique en général : ils sont au cœur des recherches spatiales et de la préparation des missions à venir, comme par exemple Solar Orbiter (mission de l’ESA pour l’étude du vent solaire proche du Soleil), Solar Probe (mission de la NASA qui permettra de d’effectuer des mesures très près du soleil comme jamais on l’avait fait auparavant), MMS (Magnetospheric Multiscale Mission, menée par la NASA)…


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Taches rouges de Jupiter entourées de flots turbulents et de vortex





Lpp.fr : Qu’est-ce qui caractérise tes recherches ?

F. Sahraoui : Un fait notable est que mes études, puis mes recherches, m’ont amené à m’intéresser à la fois aux problèmes théoriques dans les plasmas et à la confrontation directe de ces théoriques aux observations. Je trouve que cette synergie théorie-observations est très intéressante, en particulier dans le domaine de recherche qui est le mien. Pour les observations, j’ai largement travaillé avec les données recueillies dans le cadre du projet Cluster. Ce projet, mené par l’ESA avec une participation très active de la France et une collaboration de la NASA, étudie l’interaction du vent solaire avec la magnétosphère terrestre. Le LPP (en son temps CETP) a fourni l’instrument de mesure du champ magnétique (les search coils) de l’expérience STAFF (Spatio-Temporal Analysis of Field Fluctuations, expérience menée dans le cadre du projet Cluster) que j’ai largement utilisé dans mes travaux qui viennent d’être récompensés.


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Les chutes d’Iguazu en Argentine : exemple de turbulence en hydrodynamique





Lpp.fr : Tu as collaboré pendant un temps avec la NASA : quel regard portes-tu sur la recherche astrophysique en France et aux Etats-Unis ?

F. Sahraoui : Avant tout, j’encourage vivement les jeunes chercheurs à effectuer des expériences à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, car cela ouvre l’esprit et permet d’acquérir plus d’indépendance dans son travail. Une différence frappante entre la France et les Etats-Unis est la rapidité avec laquelle les choses peuvent se mettre en place et avancer aux Etats-Unis. En France, c’est souvent plus lent et plus compliqué pour faire accepter un projet ou obtenir les moyens de le poursuivre. En revanche, en France, il y a davantage d’esprit d’équipe. On prend le temps de se rencontrer et d’échanger. Aux Etats-Unis, il faut être indépendant : c’est une autre façon de travailler. Le point positif est que cela laisse à chacun la possibilité d’exprimer ses talents.
Je regrette le manque de financement en France, comparé aux Etats-Unis, pour l’exploitation des données des missions spatiales, notamment pour recruter du personnel à cet effet. En France, on peut obtenir des financements importants pour acheter du matériel, mais beaucoup moins pour l’exploitation des données. A la NASA, c’est différent : elle assure un budget conséquent, non seulement pour la mission elle-même ou sa préparation, mais aussi pour un financement de longue durée de l’exploitation scientifique des données une fois la mission lancée. Ceci lui assure une grande visibilité – sinon une suprématie - sur les missions qu’elle conduit.


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Image d’expansion du vent solaire (données du satellite Ulysse - droits réservés NASA)





Lpp.fr : Tu es chercheur franco-algérien en France : quel regard portes-tu sur ton parcours ?

F. Sahraoui : Le chemin n’était pas facile. Notamment en tant qu’étudiant étranger arrivant en France : les formalités de visa et de carte de séjour m’ont causé bien des tracas. Ces tracasseries administratives constituent un réel handicap pour les étudiants étrangers : même brillants et motivés, la grande majorité d’entre eux renoncent à s’engager dans la recherche à cause des difficultés administratives. Sur les quelques-uns qui persévèrent, seuls un ou deux réussissent peut-être à sortir du lot. Je peux vous citer les cas de plusieurs camarades d’université en Algérie, brillants étudiants (puis chercheurs) dans leur discipline : après avoir tenté d’effectuer un doctorat ou d’obtenir un poste en France, devant les difficultés administratives, tous sont finalement repartis soit en Algérie, soit dans d’autres pays européens ou aux Etats-Unis. Ces démarches sont plus contraignantes en France qu’aux Etats-Unis : elles représentent une perte de temps importante pour les scientifiques étrangers. A ce propos, je tiens à remercier mon équipe du CETP pour le soutien indéfectible qu’ils m’ont apporté dans l’accomplissement de ces formalités.


Lpp.fr : A partir de quand est-ce devenu plus facile ?

F. Sahraoui : A partir du moment où j’ai été post-doc au CNES, et d’une façon définitive quand j’ai été recruté en tant que chercheur permanent CNRS. En France, il y a une dissociation entre la loi sur le séjour et les besoins des scientifiques. Nous manquons de souplesse : les services administratifs ne mènent pas d’investigation spécifique quand la demande est déposée par un chercheur, par exemple. Aux Etats-Unis, il y a beaucoup plus de diversité ethnique qu’en France dans le milieu de la recherche. L’image de l’étranger n’est pas la même : il est perçu comme un réel atout par les Etats-Unis, pas vraiment par la France (je parle de l’administration française, bien sûr, pas des scientifiques eux-mêmes !).


Lpp.fr : Comment envisages-tu l’avenir ?

F. Sahraoui : Je vais continuer, en élargissant les thématiques de recherches, notamment en encadrant des thésards et des post-doc, et en poursuivant mes collaborations internationales - avec la NASA en particulier.
Concernant les projets spatiaux, beaucoup reste encore à faire sur la mission Cluster. On attend aussi avec impatience les données de la mission MMS (prévues pour 2014), et celles des missions Solar Orbiter et Solar Probe qui - j’espère - seront réalisées d’ici la fin de cette décennie.


Lpp.fr : Quand tu ne fais pas de la recherche, quelles sont tes autres occupations ?

F. Sahraoui : Je suis papa de deux jumelles, Sofia et Ines, depuis presque 4 mois : ça prend du temps… mais c’est surtout une immense satisfaction !


Lpp.fr : Est-ce que ça change tes projets et ton rythme de vie ?

F. Sahraoui : Oui : il y a d’abord les nuits courtes (parfois même très courtes !). Ensuite j’essaye de ne pas faire de longues journées comme avant, ce qui oblige à être encore plus efficace (car la charge de travail, elle, ne diminue jamais, au contraire !). Je prévois aussi de réduire un peu mes déplacements et mes voyages à l’étranger. Cela dit, le fait que mon épouse soit encore en congé maternité m’aide beaucoup. Merci donc a elle !


Lpp.fr : Fouad, merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, et bonne continuation !



Peu de temps après cette interview, le projet de Fouad intitulé « THESOW - Turbulence et Chauffage dans le Vent Solaire » a été sélectionné pour un financement par l’Agence nationale pour la recherche (ANR) dans le cadre de leur programme « Jeunes Chercheuses, Jeunes Chercheurs 2011 ».

Plus d’information sur Fouad et sur ses travaux sur notre site : http://www.lpp.fr/?Fouad-Sahraoui


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